Tout commence dans le quartier résidentiel de Forest Hills, dans le Queens à New York, en 1974. C'est ici que Joey, Johnny, Dee Dee et Tommy unissent leurs forces pour créer un son inédit, rapide et minimaliste. Berceau improbable d'une des musiques les plus agressives de l'histoire, ce groupe en herbe choisit la rupture radicale face à la surcharge instrumentale et au progressisme bourgeois du rock opéra des années 1970. Le postulat minimaliste est jeté : trois accords plaqués, un tempo effréné et des courtes paroles. Inspiré par Paul McCartney qui signait parfois ses hôtels du pseudonyme de « Paul Ramon », le quatuor adopte le nom de famille commun des Ramones. Douglas Colvin devient Dee Dee et lance le fameux « 1-2-3-4 ! », métronome universel de la rébellion. John Cummings impose sa guitare en aller simple en tant que Johnny, tandis que Jeffrey Hyman quitte la batterie pour devenir la voix tragique de Joey, et que Thomas Erdelyi assure l'arrière-garde avant de piloter la production. Dans l'ombre crasseuse du club CBGB, au cœur du Bowery new-yorkais, le futur hymne Blitzkrieg Bop prend forme dans la moiteur et l'urgence de répétitions spartiates.
En avril 1976, ce travail trouve son apogée avec la sortie de leur premier album éponyme, Ramones. Avec quatorze titres en moins d'une demi-heure, c'est une déflagration sonique totale qui balaie les standards de l'industrie. Des morceaux comme Judy Is a Punk, Now I Wanna Sniff Some Glue et Beat on the Brat redéfinissent l'urgence musicale avec un humour noir décalé et un regard grinçant sur l'ennui adolescent. Portant l'uniforme du punk – jeans élimés, t-shirts déchirés et vestes en cuir de motard –, immortalisé par la pochette de Roberta Bayley, le groupe ne rencontre pas un succès commercial immédiat, mais s'impose d'emblée comme une bombe à retardement culturelle.
La secousse devient transatlantique dès juillet 1976 lorsque les Ramones débarquent à Londres pour un concert fondateur au Roundhouse. Ce passage fulgurant électrise la jeunesse anglaise et insuffle une énergie vitale à des groupes comme The Clash – qui répondra avec White Riot – et The Sex Pistols, qui lanceront leur Anarchy in the UK inspirés par cette leçon de vitesse. Le mouvement punk mondial est définitivement en marche. L'année 1977 confirme cette suprématie avec la sortie de deux albums cultes, Leave Home et Rocket to Russia. Des titres comme Pinhead et son immortel cri de ralliement « Gabba Gabba Hey ! », Carbona Not Glue, Sheena Is a Punk Rocker et Cretin Hop s'imposent comme des classiques absolus, propulsant le groupe au rang de pionniers intouchables.
L'âge d'or se prolonge à travers les soubresauts des années suivantes : l'arrivée du batteur Marky Ramone et l'irrésistible paranoïa pop de I Wanna Be Sedated sur l'album Road to Ruin en 1978, puis la collaboration surréaliste et explosive avec Phil Spector en 1979 pour End of the Century et son hymne Rock 'n' Roll High School, avant les virages pop de Pleasant Dreams et Subterranean Jungle.
Même sans le succès commercial monumental des géants des stades, l'empreinte des Ramones sur le rock moderne demeure indélébile. De Green Day à Nirvana, en passant par The Damned, The Buzzcocks et toute la scène skate-punk, des générations entières ont forgé leur identité dans le sillage du quatuor new-yorkais. Intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 2002 et récompensé par un Grammy d'honneur, le groupe est entré dans le mythe immortel après la disparition de Joey, Dee Dee et Tommy. Aujourd'hui encore, leur vibration brute, leurs vestes en cuir et leurs accords plaqués résonnent comme le véritable ADN éternel du punk rock.
